Parité : « On ne progresse qu’en mesurant »

Laetitia Vitaud

Editor in Chief

Dans le cadre d’un Livre Blanc intitulé « Industrie cherche ingénieurEs pour sauver la planète », nous avons échangé avec Elisabeth Richard, Directrice Coordination et Animation des réseaux ENGIE et en charge du réseau des femmes au sein du groupe.

WTTJ : Pouvez-vous nous parler de votre parcours au sein d’Engie et de la manière dont vous en êtes venue à vous occuper de la place des femmes ?

E.R. : J’ai commencé ma carrière dans le groupe Lyonnaise des Eaux – Dumez en 1994, dans un groupe qui était bien différent de ce qu’il est aujourd’hui, avant la privatisation de l’eau, la fusion avec GDF, etc. Ce que mon ancienneté ne dit pas, c’est que j’ai eu 1000 vies dans ce groupe, un riche parcours de communicante.

« En 2006, aucune grande entreprise ne faisait grand chose pour la place des femmes »

Elisabeth Richard

En 2006, la direction générale de l’époque avait été prise à partie par un ministre sur la question : « Que faites-vous sur la place des femmes ? ». À l’époque, personne ne faisait grand chose, dans aucune grande entreprise. On avait bien des chiffres sur le pourcentage hommes / femmes et cadres dans le rapport annuel, et quelques données éparses. Mais il n’existait pas de politique spécifique. Le sujet est tombé sur mon bureau. 

Je me suis entourée de spécialistes, de sociologues et historien.ne.s qui connaissaient l’histoire des femmes notamment dans l’ industrie. J’ai lancé une étude qualitative dans le groupe. Le cabinet d’étude nous a alors recommandé de faire cette étude en huis clos pour protéger l’anonymat des personnes… qui n’étaient pas assez nombreuses pour qu’on puisse les anonymiser. À partir de là, nous avons conçu un plan d’action ambitieux, avec un budget, une équipe et le soutien absolu de la direction. 

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Qu’est-ce qui a marché concrètement pour faire progresser la place des femmes dans le groupe ?

On a décidé que c’était un sujet prioritaire et que c’était un sujet de direction générale. C’est pour ça que ça a si bien marché. Parmi les dirigeant.e.s, on est passé de 8% de femmes à 30%. Aujourd’hui, le groupe s’est fixé un objectif de 50% de femmes managers en 2030.

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En France, nous avons eu deux grandes lois qui ont fait avancer les choses. La première, c’est la loi Copé-Zimmermann [loi de 2011 « relative à la représentation équilibrée des femmes et des hommes au sein des conseils d’administration et de surveillance »]. La deuxième, c’est la loi Pénicaud de 2018. Dans le contexte de cette loi [baptisée « pour la liberté de choisir son avenir professionnel »], on a créé un Index de l’égalité professionnelle femmes hommes, avec une obligation de résultats. Cela n’existe pas dans les autres pays. 

Cette loi oblige tous les grands groupes à se mettre au clair en matière d’égalité. Elle est d’autant plus vertueuse dans les groupes internationaux qu’elle a des effets bénéfiques également pour les employé.e.s des autres pays, car on décide d’appliquer ce qui est fait en France à l’échelle de tout le groupe.

« On ne progresse qu’en mesurant »

Elisabeth Richard

Parmi les indicateurs inclus dans l’index, il y en a un qui concerne les retours de congés maternité. Légalement, on est censé augmenter les employées concernées à hauteur de l’augmentation moyenne des employé.e.s du service auquel elles appartiennent, mais on s’est aperçu que de nombreuses entreprises ne le faisaient pas. Comme ça n’était pas mesuré, on ne le faisait pas !

On ne progresse qu’en mesurant. Sans des indicateurs précis, il est fréquent que les dirigeant.e.s ne sachent pas réellement ce qu’il en est . Or souvent, la différence entre hommes et femmes en matière de rémunérations se compte en années ! Je suis convaincue que l’indépendance économique, c’est critique. Même en ce qui concerne la violence faite aux femmes, l’indépendance économique fait la différence (c’est un peu moins difficile de quitter son conjoint quand on est indépendant.e financièrement).

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Enfin, notre réseau de femmes joue un rôle important. Nous avons créé le réseau de femmes en 2008. À l’époque, nous avions 30 personnes. Aujourd’hui, c’est plus de 2000 femmes qui en font partie. Dans l’instabilité d’un monde qui bouge, ce réseau représente quelque chose de stable. C’est à la fois un accélérateur et un levier d’intégration.

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