Best practices

Comment gérer le départ de son N+1 et former son remplaçant ?

Solenne Faure

Rédactrice

Ambiance. C’était un vendredi après-midi, tout semblait normal. Pourtant, votre manager arrive dans votre bureau le visage sombre, et vous annonce, à vous et vos trois autres collègues, qu’il s’en va. Surprise, panique, jeu politique ou même soulagement dissimulé… le départ d’un manager n’est pas sans conséquence dans la vie de l’entreprise.

Les managers, eux aussi ont la bougeotte ! 

Les chiffres sont sans appel. 6 cadres sur 10 ne seraient pas contre démissionner de leur poste : c’est ce que révèle une étude Ifop pour Cadremploi. Que ce soit dans une optique d’améliorer ses conditions de travail, pour donner un nouveau souffle à sa carrière ou dans une logique de reconversion. 

Et les managers, aussi impliqués soient-ils, sont eux aussi concernés par cette envie d’ailleurs. Même si ce sont les plus jeunes cadres qui semblent les plus enclins à donner leur démission (74%), il n’empêche que 49% des plus de 50 ans y songent également. 

Retour à la réalité donc : devoir faire face à la démission de son manager n’apparaît pas être une situation si exceptionnelle. La question est alors de savoir comment gérer au mieux ce départ en tant que membre d’une équipe et réussir à en faire émerger du positif, pour soi et pour l’entreprise ! 

Comprendre ses raisons.

L’idée est déjà de chercher à comprendre sa décision. Objectif pour vous : faire un diagnostic de la situation de son départ. 

Est-il en désaccord avec la hiérarchie ? Voit-il des difficultés économiques, sociales à venir ? Part-il tout simplement pour faire autre chose ? Pour une motivation personnelle ? Pour une question de salaire ? Une envie de renouveau ? Ou bien des difficultés dans la gestion de son équipe ? 

Avec sa démission, les langues peuvent potentiellement se délier. A vous d’en profiter ! Même s’il reste votre boss pour un temps, il n’empêche que vous pourrez vous parler plus franchement. N’hésitez donc pas à provoquer une discussion (en tête à tête ou avec l’ensemble de l’équipe) pour en apprendre un maximum sur votre entreprise, ses forces et ses faiblesse et les enjeux auxquels elle est confrontée, internes comme externes. La démission de son manager a au moins l’avantage de vous donner plus facilement accès à ce qui est habituellement gardé secret. 

L’heure du bilan. 

Forcément, le vent de panique peut être tentant. L’annonce d’un départ pourrait même vous faire oublier les mauvais jours. Vous voilà nostalgique de toutes vos heures passées à travailler ensemble. D’autant plus si vous étiez dans une relation de confiance et de proximité. 

Un bon manager est comme un partenaire : il sait révéler le potentiel de chacun, accompagner, recadrer, partager une vision et des objectifs clairs et sait se montrer exemplaire… Un partenariat qui met bien souvent du temps à se construire, d’où la déception.

Pourtant, le départ de collaborateurs fait partie de la vie d’entreprise et il faudrait toujours y être préparé. 

À vous donc de faire preuve de maturité pour prendre du recul tant que possible et accepter d’être sorti(e) de sa zone de confort. 

Et si vous profitiez de ces derniers échanges pour faire le bilan sur vos compétences ? Un dernier point de vue offert sur votre travail pour en tirer des enseignements utiles. Avec l’avantage d’avoir un retour d’une personne qui connaît parfaitement l’entreprise et qui pourtant commence déjà à en sortir et à avoir une certaine prise de recul. Et peut-être même l’occasion de s’échanger des lettres de recommandation…

Rester positif et constructif.

Faire le choix de quitter une entreprise est toujours une décision difficile à prendre. Que l’on soit manager ou non. Evitez donc de prendre cet acte pour vous, et ne vous focalisez pas sur des émotions négatives, comme la colère ou la déception. Ce choix est à respecter et ne peut être discuté. Même si votre manager ne laissait rien paraître, donnant l’impression que tout allait dans le meilleur des mondes. 

Et soigner le départ. 

Les entreprises se questionnent de plus en plus sur les politiques et pratiques de l’offboarding

Les interrogations sont nombreuses, et la démission d’un manager n’est pas rien : 

Comment tirer des enseignements des expériences des collaborateurs sur le départ ? Comment garder le contact ? Comment rendre le démissionnaire proactif jusqu’à la fin de ses missions ? 

Car les employeurs l’ont bien compris : un salarié sur le départ, qui reste en bon terme, sera nécessairement plus investi. Pour trouver des solutions et assurer une vraie passation. 

En tant que membre de l’équipe, vous pouvez participer à créer une transition en douceur. Communiquer sur vos besoins, sur les problématiques rencontrées au quotidien, vos craintes, vos envies… Pour permettre de retrouver une situation plus confortable le plus rapidement possible. 

D’autant que votre N+1 fera peut-être parti de ces 15% de cadres qui ré-intègrent une entreprise pour laquelle ils ont déjà travaillé. On n’oublie pas : le monde de l’entreprise est petit.

Et dans cette veine, être proactif dans l’organisation d’un pot de départ peut être intéressante ! Une bonne occasion pour rassembler un maximum de personnes pour remercier et surtout rester sur une note positive.

Process de remplacement.

Bonne nouvelle, la direction a tranché : votre manager va être remplacé. Montrez-vous intéressé(e) pour prendre part au processus de recrutement. Bilan de l’équipe, prise en compte des forces et faiblesses de chacun, participation aux entretiens, vous avez tout intérêt à vous montrer proactif. 

Car, n’oublions pas, vous êtes le premier concerné.

Penser avenir. 

Et si ce départ était en fait une opportunité ? Et si vous étiez une éventuelle (voire une très bonne !) solution à tous ou certains de ces changements ? Pour monter en compétence, revoir vos missions ou encore penser réorganisation ? 

Il y a peut-être des tâches que vous maitrisez et avez envie de reprendre ? Ou des fonctions qui vous intéressent et pourraient être accessibles après une rapide formation ou une bonne passation de votre manager ? Profitez des derniers mois pour apprendre un maximum de votre ancien chef et pouvoir ainsi vous positionner sur ce qui vous plaît.

Oser la différence. 

Et si vous voyiez ce départ comme une belle opportunité de faire les choses différemment ? Plutôt que de chercher à remplacer un profil par un clone, qui sera nécessairement moins bon , puisque jeune recrue. Pourquoi ne pas tenter de nouvelles situations managériales ? Ou organisationnelles ? 

D’autant plus si les raisons du départ concernent une organisation. Il est alors d’autant plus urgent de revoir sa copie et de proposer de la nouveauté.

Etre transparent sur l’annonce.

Il n’existe (malheureusement ?) pas de solution miracle. Les potins vont toujours bon train en entreprise. Mais, en tant que membre de l’équipe, soyez irréprochable. C’est à la hiérarchie de décider comment annoncer ce départ. 

Vous l’aurez compris, voir un manager s’en aller n’est pas une mince affaire. Tant pour les membres de son équipe que plus globalement pour l’entreprise. Il s’agit pourtant d’une situation fréquente. A vous alors de penser positif et de vous convaincre que si, toute personne est remplaçable et qu’il peut bel et bien y avoir du bon à un tel changement.

Rédaction : Solenne Faure

Photos : WTTJ

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