Brexit : les chiffres clés

Victor Gosselin

« Get Brexit done ». Susceptible de remettre en cause 46 ans de libre-échange, la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne ce 31 janvier dernier inquiète autant qu’il interroge industriels et professionnels RH. Retour en chiffres sur les conséquences d’une désunion sans précédent. 

Brexit oblige, cela fait maintenant 3 ans et demi que le Royaume-Uni, 5e puissance mondiale et 6e partenaire commercial de la France, est en proie à une “incertitude” suscitant l’inquiétude chez les professionnels et les citoyens de part et d’autre de la Manche. Après 3 reports, la Grande-Bretagne a finalement ratifié l’accord sur le Brexit le 9 janvier 2020 : le pays deviendra le premier pays à quitter l’Union Européenne ce 31 janvier à 22h, heure française. Cette situation inédite fait planer le risque d’un rétablissement des barrières douanières remettant en cause 46 ans de libre échange. D’autant plus que le premier ministre britannique Boris Johnson se refuse à prolonger la période de transition au delà du 31 décembre 2020, date à laquelle le pays pourrait opter pour un accord de libre-échange simple non aligné avec la législation européenne. L’échéance laisse très peu de temps pour négocier un accord global. Une telle menace n’est pas sans incidence sur l’emploi et les ressources humaines contraintes de composer avec une pénurie de talents sur le sol britannique, des déménagements éventuels vers d’autres pôles d’attractivité en zone euro et une évolution des droits des travailleurs détachés. 

Le Royaume-Uni, un partenaire économique privilégié pour la France

Avec 32 Md€ d’exportations et 20 Md€ d’importations, le Royaume-Uni est le 6ème client de la France (6,7 % de part de marché) et son 7ème fournisseur (3,6 %).            
Ministère de l’économie et des finances, 2018

La France exporte chaque année 31 milliards d’euros de marchandises vers le Royaume-Uni. La balance est d’ailleurs bénéficiaire puisque la France importe pour 19 milliards d’euros depuis le Royaume-Uni.
Guide Brexit pour les entreprises par le Medef, 2018

La France sera le 5ème pays de l’Union Européenne le plus impacté en cas de Hard Brexit.
Analyse Euler Hermes

120 000 entreprises françaises commercent avec le Royaume-Uni : 10 000 réalisent à la fois des importations et des exportations, tandis que 90 000 importent depuis le Royaume. 
Etude “Le commerce extérieur avec le Royaume-Uni à l’orée du Brexit”, service des douanes français, avril 2019

Des citoyens britanniques très présents sur le continent européen (et inversement)

Sur les 4,5 millions de Britanniques vivant à l’étranger, 1,3 millions sont installés en Europe.
Chiffres des Nations Unis 2015

400 000 citoyens britanniques résident en France contre 300 000 citoyens français en Grande-Bretagne. 
Estimations : Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères français 

3,5 millions de citoyens originaires des autres pays de l’UE résident au Royaume Uni. 1,5 millions auraient obtenu le statut de résident. 
Estimation du Home Office   

Des DRH préoccupé.e.s par l’attraction et la rétention des talents sur le sol britannique

Pour 76% des DRH interrogés, la principale inquiétude concernant le Brexit réside dans l’incidence qu’il aura sur la masse salariale et les talents.
Enquête Willis Towers Watson via le Brexit Lab de Deloitte

36 % des RH britanniques déclarent que depuis le référendum sur le Brexit, leur entreprise s’inquiète davantage de pouvoir attirer des collaborateurs européens au Royaume-Uni et de les fidéliser.
Etude Talent and Rewards Brexit de Willis Towers Watson, février 2017

58% des cabinets de recrutement britanniques sont d’accord avec le fait qu’un Hard Brexit aurait un impact immédiat et significatif sur l’accès aux talents.  
Enquête de l’Association of Professional Staffing Companies (APSCo)

En 2017, 3173 britanniques ont demandé la nationalité française, soit 8 fois plus qu’en 2015. 
Info JDD

En 2018, 200 000 britanniques ont demandé la nationalité irlandaise, soit une augmentation de 22% par rapport à 2017. 
Ministère irlandais des Affaires étrangères, 2018

Une attractivité en berne du Royaume-Uni…

Les projets d’investissements en Grande-Bretagne ont baissé de 17% en 2018 et les emplois associés de 29%
IBM Institute for Business Value, septembre 2019

Avant la victoire du Leave au référendum de 2016, 47% des étudiants européens (dont France) étaient “très” motivés pour vivre et travailler au Royaume-Uni. Ils ne sont plus que 30% aujourd’hui. Parmi les raisons invoquées : la difficulté à trouver un emploi (54%) et la baisse de la livre sterling (38%). 
Enquête Edhec NewGen Talent Centre, 2019

…doublé d’un impact sur l’emploi 

Au total, 612 000 emplois risquent d’être supprimés dans 43 pays.
Rapport Institut allemand Halle pour la recherche économique via données de la base WIOD, fevrier 2019

482.000 emplois britanniques menacés en cas d’Hard Brexit d’ici 2030. Les secteurs les plus touchés : les services financiers (-119.000 emplois) suivi des sciences et technologies (-92.000) et du BTP (-43.000).
Etude Cambridge Econometrics commandée par le maire de Londres, Sadiq Khan.

Outre-Manche, une tentative de riposte des employeurs par la hausse des salaires et des avantages

La pénurie de main d’oeuvre au Royaume-Uni a entraîné une hausse des salaires de +4 % (+1,6 points) depuis le référendum de 2016. 
Etude Euler Hermes : The Taming of Brexit, 2019

49% des recruteurs britanniques interrogés font état d’une augmentation des avantages (comme les cotisations retraite) par leurs entreprises partenaires  et 41% proposent aux candidats des opportunités de rythme de travail plus flexibles. 
Etude Linkedin Workforce Insights: How has Brexit affected the UK Labour Market, mai 2019

Une impréparation flagrante des petites et moyennes entreprises côté français et anglais

Si 90 % des grandes entreprises britanniques déclarent avoir pris des mesures actives en vue d’un Hard Brexit, 53 % des PME (moins de 50 salariés) n’ont pris aucune mesure pour s’y préparer
Etude techUK: Tech SMEs and no deal Brexit 2019

Seuls 21% des PME britanniques sont convaincues que le Brexit aura un impact négatif
Federation of Small Businesses

Vers de nouvelles places européennes à Paris ? 

Dans le seul secteur bancaire, près de 5.000 postes seraient susceptibles d’être relocalisés, dont un peu plus de 2.200 à Paris.
Enquête Reuters 2018

3500 “emplois directs” et 20.000 “emplois indirects” liés à la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne seront créés à Paris 
Prévision Paris Europlace, Juillet 2018

Près de 100 entreprises internationales auraient déménagé aux Pays-Bas depuis le référendum sur le Brexit en juin 2016, et 325 autres sont intéressées par un tel transfert.
Agence néerlandaise des investissements étrangers, 2019

Sur 213 projets d’implantation, d’investissement ou de relocalisation d’équipe recensés par  la région Ile-de-France depuis le référendum de 2016, figurent 90 projets de relocalisation, dont la moitié provient du Royaume-Uni. 
Guide pratique à l’intention des PME : Les relations trans-manche à l’heure du Brexit “flou”, CCI Ile-de-France, 2019

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